Rechercher

Ta césarienne, Maman...



Maman, tu es la plus forte.

Il n’y a rien que tu ne peux pas faire.


*******


Mon papa, tu l’as eu. Contre vents et marées, contre murs et embûches, envers et contre tous.

Ta technique en éducation à l’enfance, tu l’as complété. Malgré le manque de foi que certains cultivaient, Malgré une petite voix intérieure qui te martelait la tête. Tu as fait fit de ces résistances intérieures et extérieures. Et tu l’as eu, ton diplôme.


Et moi, tu m’as eu. Moi, le rêve de ta vie.

Notre vie commune est certes un délice, mais le chemin qui t’a mené jusqu’à moi n’a pas été de tout repos.

Mais il n’y avait que toi, qui n’a pas peur de se retrousser les manches, qui pouvait y arriver.


Il n’y avait que toi que je voulais comme maman.


Même si devenir ma maman a été difficile.

Même si avoir un diagnostic de syndrome des ovaires polykistiques peut effrayer.

Même s’il a fallu que tu trempes le bout de tes petits doigts de fée dans l’engrenage des processus en fertilité, en affrontant des démons dont tu étais la possession la plus précieuse…


C’est de MA faute, JE suis le problème…


Mais avant que toute cette histoire de suivi en fertilité ne dégénère trop, j’ai décidé d’intervenir.

J’ai additionné tous les pas que tu avais fait vers moi, et que je me suis dit que ma petite âme flottante d’enfant pourrait souffler un brin en ta direction.


Je me suis cramponnée fort, fort. À ton bedon, à toi. Je ne te lâcherai plus jamais.


Sans conviction, sans espoir de retour positif, tu as fait un test de grossesse quelques semaines plus tard. Quand tu as vu la deuxième ligne du bonheur s’esquisser sur le bâton magique, tu as fondu en larme devant un Jack sclérosé d’incompréhension.


Le soleil n’a pas toujours été de la partie lors de cette grossesse que tu as partiellement vécue dans la retenue. Mais en fait, le soleil brûlait en toi, et te faisait rayonner.


Mais le jour de ma naissance, de la levée sur mon jour, tu ne rayonnais plus. Au moment où j’ai pris mon premier souffle, ta batterie de rayons lumineux était vide.


Cette ultime marche à l’amour, ce dernier sprint, cette dernière épreuve qui te séparait du moment où tu me serrerais enfin dans tes bras, ne s’est pas déroulé comme tu l’espérais. Loin de là.


Et ce n’est pas de ta faute.

Une infirmière qui devait simplement mesurer ta dilatation t’a fait un décollement des membranes sans ton consentement. Petite violence obstétricale ordinaire.


Ce n’est pas de ta faute.

Avec ses longs doigts interventionnistes, elle a pollué mon espace et le déroulement de ma naissance. Ton corps n’était pas tout à fait prêt à expulser son petit passager, mais s’y est senti obligé après le raclage de l’infirmière. Alors, il s’est mis en travail, sans conviction.


Et ce n’est pas de ta faute.

Et toi, petite maman, tu as fait de ton mieux pour suivre les pas mal-assurés de ton accouchement provoqué insidieusement.

Tu as marché dans les corridors Sous les néons grillant de l’hôpital. Tu as fait rouler tes hanches nerveuses sur un ballon. Tu as multiplié les positions. Tu as attaqué cette aventure des plus nébuleuses et inconnues avec courage,

Et malgré ça, des commentaires toxiques furent envoyés en ta direction.


Et ce n’est pas de ta faute.

Tu as tenté d’être zen, tu as tenté de chasser tes larmes et ton stress

Et tu t’es dis que tu essayerais d’être forte,

Mais tu as cru avoir failli à cette tâche en demandant l’épidurale…

Ce n’était pas un manque de courage qui t’a amené vers cette solution : C’était un orage électrique de circonstances non-atténuantes, De connaissances non acquises.

Un manque de connaissance, peut-être. Un manque de courage, jamais. Ma maman.


Les heures se sont enchainées aussi vite que tes pleurs, Et après plus de 24 heures On t’a proposé une porte de sortie: la césarienne.

Et même si cette proposition te terrorisait, tu as rebondi Comme le plus magnifique des ricochets En eau pourtant tumultueuse.


Alors que tu croyais ton calvaire achever, Il ne s’est en fait que dédoubler, Car rien ne t’avait préparé à cette expérience : À ÊTRE l’expérience d’un groupe d’aliens venus sur Terre kidnapper femmes et enfants.

Cette césarienne, Ces masques, Ce grelottement jusqu’à en avoir mal dans les os, Cette lumière blafarde, Cette stérilité Ont tout emporté de toi : Ton mental, des émotions, ton envie de hurler quand on t’a fait subir l’inhumain : Accueillir ton divin enfant, en croix de Jésus.

La panique t’a pris à la gorge quand tu as réalisé que tu sentais le médecin Trancher et retrancher Tes lanières de peau et d’utérus. Tu pensais qu’ils avaient oublié de te geler Ou qu’ils opéraient à froid, sans t’avoir anesthésiée.


Dans ton chahut intérieur Une voix s’est pourtant élevée Pour dire que moi, ton fils, j’étais née.


Tu m’as donné le bisou le plus doux du monde. Ce bisou-là, le premier de ma vie, je ne l’oublierai jamais. Il habite encore ma petite joue d’enfant Et c’est là, devant cette douceur dans l’adversité, Devant cette tendresse dans la difficulté Que j’ai su qu’un jour Je serais grand comme Papa, et fort comme Maman.


#césarienne #rencontremèreenfant #violenceobstétricale


Crédit photo: Capteuse de vie photographie


Ce texte a été rédigé dans le cadre de notre offre de service de rédaction de récits d’accouchement.


Merci à Karine la sage-femme pour l'inspiration.







0 vue

Les Éditions de Valois est une micro-entreprise québécoise basée à l'Assomption, dans Lanaudière, qui se spécialise dans le doux mariage entre périnatalité et écriture, entre maternité et poésie. Nous œuvrons dans l'édition de livres et offrons également des souvenirs de grossesse et d’accouchement artistiques et poétiques, tels qu’Arbre de vie (retouche photo d’empreintes placentaires avec poème accompagnateur) et les Récits de la cigogne (récits d’accouchement personnalisés).

 

Nos mots d’ordre :

humanisation des naissances, féminisme, éco-responsabilité.

Farfouillez sur notre site pour y découvrir nos livres et services!

  • Facebook - Black Circle

Suivez-nous sur Facebook!

© 2018 Éditions de Valois