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Naissance embuée d’amour d’une famille à 2 mamans


Ronde comme le monde, Jessie pliait les petits vêtements de sa petite fille dans cette petite chambre rose déjà embuée d’amour lorsque Véronique est entrée.


- Jacob dort… Ça va, mon amour ?

- Oui oui, je… je finalise la chambre d’Alexie, et j’essaye de visualiser un petit peu mon accouchement. Il me semble que je suis moins prête mentalement, moins zen qu’à la naissance de Jacob…

- Tu crois ?

- Oui. J’ai moins pu focaliser sur ma grossesse, avec Jacob qui a à peine 14 mois, les hormones qui ont drastiquement modifié ma personnalité, le décès de ton papa.

- C’est vrai qu’il s’en est passé des affaires depuis la naissance de Jacob.



Les amoureuses se sont échangé un regard certes chargé en tristesse, mais surtout complice.


- Par chance, s’est exclamée Véronique, la conception d’Alexie a été bien plus harmonieuse que celle de Jacob. Un stress de moins !

- Ouf, je ne me serais pas vue repasser à travers le processus de la procréation en clinique de fertilité. C’était tellement froid, tellement impersonnel : je me sentais comme du bétail qu’on insémine en série. Les petits draps qui nous séparaient des autres femmes qui, les fesses à l’air, attendaient docilement la venue du médecin pour la procédure ne suffisaient pas à créer le cocon d’amour dont on avait tant besoin pour… créer notre enfant.


- Oui, c’était loin d’être en phase avec nos valeurs et besoins. On voulait concevoir dans l’intimité et l’amour, la chaleur et le calme, mais cet endroit était à des années-lumière de notre idéal.


Jessie s’est alors dit que l’ambiance dont elle avait eu besoin pour concevoir ses bébés était identique à celle qui meublait la chambre où elle avait donné naissance à Jacob 14 mois plus tôt. Elle n’était pas surprise que les deux essais d’insémination en clinique de fertilité n’aient pas porté fruit.


- Heureusement, a-t-elle repris, on s’est trouvé un plan B sur mesure pour nous !

- Oui, et je ne taris pas d’éloge pour notre donneur artisanal ! Il ne pouvait pas être plus parfait pour nous, qu’en penses-tu ?

- Mets-en ! s’est enthousiasmé Jessie. Un beau jeune homme sérieux, renseigné, éthique, qui s’est donné cette mission de vie que de faire vivre des expériences positives d’insémination artificielle aux familles homoparentales ou soloparentales… Je suis contente et fière que nos enfants aient comme géniteur un si bel être humain !

- Oui, l’histoire de leur conception a pour base notre propre histoire d’amour, et en annexe, sa mission humanitaire à lui.

- Il a fourni le matériel nécessaire, flacon et seringue, il a fait ce qu’il a à faire dans une chambre d’hôtel, a renoncé à ses droits parentaux en signant des papiers, et s’est évanoui dans la nuit.

- Et, a enchaîné Véronique, c’est à côté de ce flacon à l’allure banale, mais pourtant plein de promesses et d’espoir pour nous, que je t’ai embrassée…

- Je t’ai dit à quel point je t’aimais, à quel point je te trouvais belle, à quel point je te désirais.

- On a fait l’amour. Et au terme de l’orgasme, j’ai pris la seringue, et je t’ai inséminée. Moi-même. C’est probablement le geste le plus important que j’ai posé de toute ma vie.


Les deux amantes, parcourues de frisson, se sont enlacées comme seuls deux parents émerveillés par leur histoire de famille peuvent le faire. Main dans la main, elles se sont dirigées vers la cuisine. Jessie s’est assise à la table tandis que Véronique s’est attelée à préparer une camomille qui relaxerait sa douce.



- J’étais tellement béton, prête, pour la naissance de Jacob, a continué Jessie. J’avais fait des millions de lectures pour me préparer, regardé des dizaines de vidéos, mis des heures pour préparer sa venue. Je ne sens pas que j’ai pu m’investir autant en préparation pour Alexie, et ça me désole un peu.

- Qu’as-tu besoin que je fasse pour toi pour que tu te sentes autant préparée et en confiance qu’à la naissance de Jacob ?

- Je crois que… juste cette conversation va me permettre de me recentrer autour de ce deuxième accouchement à venir. Je pourrais faire un peu de visualisation aussi, j’imagine.

- Veux-tu de l’aide ?

- Que… que veux-tu dire ? a répondu Jessie, confuse.

- Ferme tes yeux.

- Quoi ?

- Ferme tes yeux, je te dis ! a répliqué une Véronique tout amusée et inspirée.

- Euh… ok…


Jessie s’est exécuté, sous la gouverne de sa capitaine d’amoureuse qui s’est avancée lentement vers son oreille pour y laisser délicatement tomber, au compte-goutte, des paroles gorgées de foi.


De foi en elle.



« La naissance d’Alexie commencera dans la pénombre, dans la chaleur : dans la douceur qui te caractérise si bien, mon amour.


Tu seras surprise par l’intensité de ces contractions aussi naissantes que notre enfant, mais tu te rassureras en te rappelant que c’est normal que le tout se déroule plus rapidement. Que c’est notre deuxième bébé. Notre dernier bébé. Ton dernier enfantement, et tu t’octroieras le droit d’en profiter.


Tu téléphoneras rapidement à notre sage-femme pour lui annoncer ta mise en travail, et c’est dans une joie tout enfantine que tu iras, sous son conseil, prélasser ta majesté de porteuse de vie dans le bain.


On se préparera à partir pour la maison de naissance en ne freinant nullement notre envie de nous échanger des regards complices, des regards feux d’artifice, des regards réconfortants en pain d’épice.


Nous confierons le plus beau des petits garçons de cette ronde planète à ma sœur qui t’enverra du revers des pensées positives de femme à femme. Parce que notre famille à deux mamans, notre couple de femmes est entouré de dames magnifiques qui… savent. Ta mère, si volontaire, qui viendra nous rejoindre à la maison de naissance. Ta belle-sœur Karianne, sage-femme de profession, toujours au bout du fil, au bout du cœur, pour te gonfler à bloc.


En route vers l’amour, en plein milieu de la nuit et d’une tempête de bonheur, je te prendrai la main au volant de notre voiture familiale pour te rappeler que je suis là, que je suis en terrain connu et en confiance. Que, au sens figuré, je ne te lâcherais la main pour rien au monde.


On arrivera à notre temple des rencontres mères/enfant, et notre sage-femme t’invitera à te concentrer sur ce que ton corps te dicte, te somme de faire, plutôt que sur une étourderie de chiffres. C’est donc à l’aveugle, sans prendre la mesure de ta dilatation, que tu laisseras ce mélange savoureux et douloureux d’hormones, de contractions, de pensées positives, de hâte et d’amour gravir tout ton corps.


Tu reprendras avec entrain et sagesse tes vieilles habitudes en sillonnant inlassablement notre chambre. NOTRE chambre, celle dans laquelle nous avons toutes les deux vécu la plus grande et belle métamorphose. Celle dans laquelle nous sommes devenues mères à peine 14 mois plus tôt.



Peut-être que tu auras l’impression que, dans ton corps magnifique, c’est la débandade. Peut-être auras-tu le sentiment que les sensations de cette naissance sont plus vives, plus aigües, pour ne pas dire aussi pointues qu’une épée qui déchire la grande toile d’un grand voilier.

Peut-être te diras-tu que tu gères moins bien la douleur qu’à ton premier accouchement, et peut-être que ce sera en partie vrai. On a vécu de grandes épreuves au cours des derniers temps, peut-être n’as-tu pas eu autant le temps de te préparer à franchir les montagnes qui surgiront rapidement du sol pour se dresser devant toi.


Mais sache que tu m’impressionneras toujours. Que dans cette intensité exacerbée, dans ce travail actif hyperactif, je ne pourrais te trouver plus belle. Que je te trouve tout autant, sinon plus forte, que lors de ton premier accouchement. Car depuis cet événement fondateur, on a cumulé les épreuves, les difficultés et les élans d’amour. Surtout les élans d’amour.

Seule avec toi dans la chambre, je te ferai sentir toute mon admiration pour l’amoureuse que tu es, pour la mère que tu es, pour la femme magnifique dont j’ai l’honneur d’être la conjointe. Je te supporterai, ferai balancer tes hanches de droite à gauche, t’observerai suivre les méandres de ton corps en fusion hormonale. Et j’annoncerai solennellement à notre sage-femme, l’autre côté de la porte, que l’heure est venue pour toi de briller de mille soleils.


Tu laisseras la nature accomplir ce qu’il y a de plus beau. Tu l’aideras en poussant, possédée par cette Gaïa magnanime et omnipotente qui intègre le corps des femmes séduites par les enfantements naturels. Tu seras Mère-Nature, Mère-Mature, Mère-Amour. Mon amour.

Et, pour une troisième fois, tu me feras connaitre la force de l’amour. »





#2mamans #famillehomoparentale #stvalentin #accouchementphysiologique #accouchementnaturel


Ce texte est un extrait du livre Les saisons des amours : recueil de récits d’accouchements à intention physiologique qui paraîtra aux Éditions de Valois en automne 2019. Suivez-nous sur Facebook pour être à l’affût de sa date de publication !


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