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Mon accouchement stimulé… en maison de naissance !

Mis à jour : 11 janv. 2019

Volant bien en mains, Tim Hortons en bouche, j’ai parcouru les quelque soixante kilomètres qui nous séparaient de la maison de naissance aux côtés d’un Xavier un peu déstabilisé par le fait que ce soit moi qui nous y conduise. Moi, qui accoucherais au cours des prochaines heures.




Se faire provoquer par une sage-femme ?


Je venais d’accepter de faire stimuler mon accouchement par ma sage-femme. Celle-ci m’avait confié que son équipe avait parlé de mon cas durant leur réunion hebdomadaire, et qu’elles espéraient que j’accepte qu’elle me rompe les membranes. Mon col était vraiment mûr et elles craignaient que je ne donne naissance dans l’auto, étant donné la distance que j’avais à parcourir depuis mon domicile jusqu’à la maison de naissance.

Je me suis d’abord un brin braquée. J’étais certes fatiguée, mais il importait pour moi que le tout se déclenche naturellement. J’avais toujours du temps devant moi ; il me restait encore une bonne semaine avant d’atteindre le fameux 42 semaines qui fait dresser les cheveux sur la tête de toutes usagères de services sage-femme.


Puis, j’ai remis en question le rejet spectaculaire que j’avais réservé à cette proposition. L’argument du naturel en était un de taille dans ce débat imaginaire entre la Véro qui a effectivement peur de donner naissance en transit et la Véro qui veut respecter le rythme de Bébé Jules. Mais les nombreuses percées de la première ont eu raison de la deuxième.


Rupture des membranes


À 20 h 20, nous nous sommes installés pour procéder à la rupture de mes membranes. Je n’ai pu réprimer un bruyant fou rire face à la quantité d’eau qui est alors sortie de moi. Ça m’a vraiment surprise, je n’avais pas évacué pareil fleuve à la naissance de ma fille aînée deux ans plus tôt !


Vers 21 h, j’ai commencé à ressentir de petits pincements au niveau de mon col. Cette sensation revenait à la charge environ aux 4 minutes, mais ne durait vraiment pas longtemps : une trentaine de secondes tout au plus. N’empêche que j’étais euphorique que les choses s’enclenchent. Plus rien ne me faisait peur dorénavant.


Vers 21 h 15, Xavier s’est commandé une pizza et est parti la chercher au Normandin. Durant son absence, ma sage-femme a proposé de m’installer sur le tire-lait pour solidifier ma timide mise en travail. Après seulement 15 minutes de tire-lait, je n’endurais plus ce pénible engourdissement. Je me suis allongée sur le lit, et mon premier réflexe a été de me coucher sur le côté. Mais la douleur était insoutenable, alors mon deuxième réflexe a été de rectifier le tir en me mettant à quatre pattes. C’était définitivement la position qui me faisait le moins souffrir.


En même temps, je trouvais épuisant de rester ainsi positionnée et je désirais me ménager. Mais la douleur est instantanément devenue si aigue, si spectaculaire, que j’en ai perdu la force de supporter le poids de mon corps sur mes bras…




Comme une bête qu’on ampute


Je me suis couchée sur le côté et j’ai bougé, bougé. Bougé comme un poisson agonisant sur la rive, comme un enfiévré en plein délire. J’étais possédée. Je n’avais plus le contrôle de mon corps, qui a adopté la roulade comme mécanisme de défense contre ce mal. Dans un silence menacé d’être brisé à tout moment, j’ai fait d’incessants 180 degrés sur le grand lit. Moi qui ai mis au monde Lilianne dans un silence absolu, moi qui suis reconnue pour mon endurance à la douleur, j’ai alors douté de moi. Je me souviens m’être carrément dit :


« Si c’est de même pendant 8 heures, je vais hurler comme une bête amputée et ils ne sauront juste pas quoi faire avec moi ! »


Ma sage-femme regardait du coin de l’œil ma panse rebondir dans tous les sens. Elle n’a dit mot, mais elle se doutait bien que le travail avançait bien. Très bien. Très, très bien. Elle m’avait vu accoucher une fois et elle savait que pour que je sois dans un tel état, c’était parce que la douleur avait atteint un paroxysme qui ne se dénouerait qu’avec une délivrance extrêmement imminente.


Elle m’a gentiment proposé de faire un examen du col. Je lui ai dit qu’avant, je préfèrerais passer quelques minutes à quatre pattes, pour me soulager un peu. Une fois dans ma position privilégiée, j’ai ressenti une timorée envie de pousser. Mais dans ma tête, c’était clair que c’était parce que j’avais une selle à passer…


Un peu de sensationnalisme


Bien attablée sur le siège de toilette, j’ai contracté mon anus dans le but de faire descendre la fameuse selle qui s’est avérée plus imaginaire qu’autre chose. C’est là que j’ai senti ma vulve se boursoufler sous la pression... d’une tête !


Je me suis alors imaginé donner naissance sur la bol de toilette, comme dans une émission sensationnaliste du genre Enceinte sans le savoir. Non, il fallait me lever, et rapidement. J’ai essayé une fois. Deux fois. Trois fois. Je me suis alors dit que si à la prochaine tentative je ne réussissais pas, je hurlerais pour qu’on vienne vite me chercher.


Heureusement, la quatrième fois fut la bonne. Je suis sortie précipitamment de la salle de bain en marchant comme un cowboy prêt pour l’aventure en criant : « J’PEEEEENSE QU’YÉ LÀ !!!! » En une fraction de seconde, ma sage-femme a installé un oreiller sur le bord du lit et est revenue vers moi pour me suivre de très, très près, toute courbée, la main proche de ma vulve.


J’ai grimpé sur le lit, j’ai laissé tomber mes avant-bras sur le fameux oreiller placé en vitesse par ma sage-femme et je suis… partie à rire.


En à peine quelques minutes, à 22 h 27, mon gros bébé de 8 livres 11 onces est sorti devant nos mines béates et béantes. Nous n’en revenions pas ! Bébé aussi d’ailleurs a été pris de court : il a pris un bon trente secondes à respirer et a affiché un air complètement décontenancé durant trois-quarts d’heure. On s’est mis immédiatement en peau à peau pour que la transition, aussi brutale fût-elle, reprenne des couleurs douces, pastelle.




Parce que toute bonne histoire finit sur un punch


Vers 22 h 37, mon placenta est sorti en lotus. Curieux ensuite de découvrir à quoi ressemble le… paquet d’un nouveau-né masculin, nous avons ouvert les couvertures dans lesquelles Jules était emmitouflé et nous avons tassé son cordon pour y entrevoir... une vulve !


Nous avons tenu une seconde de silence, que Xavier a brisé en affirmant : « C’pas un pénis ça ! » J’ai immédiatement enchainé en rétorquant, à l’intention de notre sage-femme : « C’t’une fille ?!?!?! » Comme si j’avais besoin de son avis de professionnelle, comme si elle était plus capable que moi de différencier un pénis d’une vulve…


C’est donc dans une bonne humeur extrême que nous avons fait le tour de notre bottin téléphonique, et que nous avons choisi un prénom qui nous ferait penser à son lieu de naissance, le Bas-du-Fleuve. Un prénom du répertoire de l’écrivain résident de Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu. Un prénom : Mandoline.



Véronique Foisy Éditrice


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